Tomi UNGERER (1931-2019) - Lot 173

Lot n° 173
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Tomi UNGERER (1931-2019) - Lot 173
Tomi UNGERER (1931-2019) Corps à corps 1986 Encre de Chine sur papier, signée au crayon (en bas à droite) H_51 x L_36 cm (hors cadre) / H_65 x L_50 cm (avec cadre) Hambourg Cette œuvre s'inscrit dans la période hambourgeoise de Tomi Ungerer, durant laquelle l'artiste réalise un de ses ouvrages les plus connus : "SM, les anges gardiens de l'enfer". En 1986, le dessinateur fréquente de manière très soutenue et assidue le monde de la nuit de la Reeperbahn, quartier de la prostitution à Hambourg, afin de nourrir son imagination et sa production d'œuvres érotiques. Durant plusieurs mois, l'auteur note et esquisse la vie quotidienne des "dominas" de hambourg, une communauté de travailleuses du sexe spécialisées dans le sado-masochisme. Ce projet se compose de portraits, d'interviews, d'une série de dessins au style naturaliste, axée principalement sur les accessoires SM ; mais aussi d'œuvres plus fantaisistes, comme le fameux "corps à corps" que Tomi déclinera en plusieurs versions. A cette époque en effet, les styles graphiques de l'artiste sont en pleine effervescence et prennent des formes extrêmement variées, comme en témoigne cet extrait du Drawing Center's Drawing Papers volume 120 de janvier 2015 à New-York : "La même aversion pour les normes culturelles qui sous-tend des ouvrages tant appréciés comme Les trois brigands motive ses dessins érotiques, ancrés dans une forme surprenante d'humanisme. Prenons par exemple les images de travailleuses du sexe vaquant à leurs occupations quotidiennes dans Schutzengel der Hölle (Les anges gardiens de l'enfer), un projet consacré aux dominatrices de Hambourg que Tomi en est venu à admirer pour les services qu'elles rendent aux exclus de la société. [...] Cette volonté de bousculer les conventions éclaire non seulement les choix des sujets d'Ungerer, mais aussi son style très varié. Ungerer s'est décrit comme un artiste "égoïste" qui accorde de l'importance à ses propres désirs au détriment du bon goût. Cependant son approche est profondément dépourvue d'égoïsme dans la mesure où il se sacrifie aux exigences de ses sujets d'une manière que beaucoup d'artistes trouveraient inconfortable. Nous avons déjà noté que l'absence d'un style unique et reconnaissable, à la manière de Maurice Sendak ou de Saul Steinberg, a nui à la réputation d'Ungerer. Que penser d'un homme qui crée une imagerie politique caustique une année et s'installe dans le Canada rural où il produit des paysages et des études de la vie à la ferme dignes d'Andrew Wyeth ou de Winslow Homer l'année suivante ? Comment comprendre quelqu'un qui concocte des esquisses au lavis d'encre gentillement romantiques pour un recueil de chansons allemandes (Das grosse Liederbuch) et des représentations de la mort au stylo noir, dures et impitoyables, pour un volume intitulé Rigor Mortis ? Ungerer a expliqué que "ce qui compte, c'est d'envoyer un message et, comme les messages sont différents, il faut des styles différents". C'est certainement vrai. Mais au-delà des exigences du sujet, il semblerait qu'habiter cet espace d'instabilité constitue pour lui un impératif moral et politique, lié comme il l'est à sa vision profondément humaniste du monde. Selon Ungerer, "mon doute est ouvert, je me dis : pourquoi pas ? Tout peut être accepté, mais tout doit être remis en question".
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